« Le début d’une nouvelle aventure pour le sport féminin » (C. Kelly, CSA)

"Le début d’une nouvelle aventure pour le sport féminin" (C. Kelly, CSA)

Interview de Christine Kelly, Président de la mission « sport » du CSA.

La journée des 24H du sport féminin dans les médias, organisée le 01/02/2014, a « dépassé les attentes du CSA, du fait de la mobilisation exceptionnelle à la fois des acteurs du monde sportif et des chaînes de télévision et des stations de radio, qui ont permis de faire de cette journée un coup de projecteur inédit sur le sport féminin », indique Christine Kelly, membre du CSA (Conseil Supérieur de l’Audiovisuel) et présidente de la mission « Sport » à News Tank, le 07/03/2014.

« Cette journée marque sans doute le début d’une nouvelle aventure pour le sport féminin en France, puisque les conditions sont désormais réunies pour que saute le verrou des consciences et les mentalités au sujet de l’attractivité réelle auprès du public de la pratique féminine du sport », ajoute-t-elle.

À la lumière des chiffres fournis par l’étude KantarSport (lire ci-dessous), peut-on dire que les 24H du sport féminin ont été un succès ?

« Avant la fin du mois de mars, le CSA devrait publier un bilan chiffré du volume de diffusion de programmes consacrés au sport féminin au cours de la journée du 01/02/2014 à la télévision et à la radio, et des audiences fédérées par ces programmes. Toutefois, les éléments fournis par KantarSport permettent de dresser un premier état extrêmement positif de cette opération. Selon KantarSport, les 24 heures du sport féminin ont constitué une opération d’un réel impact médiatique, avec près de 700 retombées et en cumulé environ 60 heures de programmes radiophoniques et télévisés identifiés. »

L’événement a-t-il été à la hauteur des attentes du CSA ?

« Assurément, l’événement a dépassé les attentes du CSA, du fait de la mobilisation exceptionnelle à la fois des acteurs du monde sportif et des chaînes de télévision et des stations de radio, nationales et locales, qui ont permis de faire de cette journée un coup de projecteur inédit sur le sport féminin. Aucune opération de ce genre, initiée par le CSA, n’avait rencontré un tel succès spontané et effectif. Une centaine de chaînes et de radios se sont investies, sans oublier la dimension internationale permise par la participation de la RTBF en Belgique, de TV5 Monde, d’Africa TV, et d’Ubiznews. Si les médias ont pu s’appuyer sur l’organisation des compétitions (Open GDF Suez de tennis, Tournoi des VI Nations de rugby féminin, championnats nationaux de sports collectifs) et les opérations initiées par les fédérations, ligues et clubs sportifs et par le monde associatif, les médias ont également multiplié les émissions de plateau et les reportages et documentaires permettant de dépasser la seule approche de la représentation de la performance sportive et d’aborder les expériences humaines, voire les difficultés de pratiquer, d’être exposée et de parler du sport quand on est femme. »

Peut-on espérer une meilleure diffusion du sport féminin à l’avenir ?

« Ce qui est certain, c’est que cette journée a joué le rôle de révélateur des énergies en faveur d’une meilleure représentation du sport féminin dans les médias. Initiée à l’automne 2013, cette opération n’aura mis qu’à peine trois mois pour susciter la mobilisation effective des chaînes de télévision et stations de radio, de collectivités locales (la Ville de Paris a rendu possible l’organisation du flashmob sous la Tour Eiffel), du monde sportif, des associations, avec le concours des ministères des Sports et des Droits des femmes, pour faire connaître les énormes potentialités du sport féminin encore sous-exploitées par les médias.

Cette journée marque sans doute le début d’une nouvelle aventure pour le sport féminin en France, puisque les conditions sont désormais réunies pour que saute le verrou des consciences et les mentalités au sujet de l’attractivité réelle auprès du public de la pratique féminine du sport. L’initiative annoncée par le ministère des Sports, le 19/11/2013, d’allouer une enveloppe de 1 M€ « à la création d’un Fonds de soutien aux fédérations sportives pour assurer le financement de la production audiovisuelle du sport féminin ou du handisport, qui sont aujourd’hui sous-médiatisés » constitue également une note d’optimisme pour l’amélioration de la place du sport féminin à la télévision.

Néanmoins, si l’on en juge par les chiffres rendus publics par le Conseil au début de l’année 2013 de la sous-représentation du sport féminin à la télévision, cela prendra encore quelque temps pour atteindre l’équité de représentation avec le sport masculin. C’est pour cela que le CSA a rendu public à la fin du mois de janvier un rapport sur les enjeux du développement de la représentation du sport féminin dans les médias audiovisuels (document à télécharger). Ce rapport est assorti de cinq préconisations à l’attention des chaînes de télévision et des stations de radio, dont le Conseil assurera le contrôle de la mise en œuvre, dans le cadre d’un comité de suivi associant l’ensemble des acteurs concernés. »

L’opération sera-t-elle reconduite l’année prochaine ou s’agissait-il d’un événement unique ?

« De façon peut-être contre-intuitive, les chaînes de télévision et les stations de radio se sont rapidement prononcées en faveur d’une journée annuelle et l’ont exprimé, dès les premières réunions organisées au CSA à la fin du mois d’octobre 2013. De nombreux acteurs associatifs et du monde sportif ont également fait part au Conseil de leur souhait de voir cette journée réitérée, au moins pour enraciner l’élan engagé le 01/02/2014. La question de la reconduction de cette journée en 2015 se doit donc d’être posée. Dans l’absolu, un tel événement ne devrait pas être pérennisé sur une longue durée, car ce serait le signe qu’il ne s’agirait là que d’une journée comme il en existe beaucoup d’autres et que les choses, les consciences et les mentalités, n’auraient pas significativement évolué. C’est à l’aune de la mise en œuvre des préconisations faites par le CSA dans son rapport et de l’amélioration réelle de la situation que la légitimité de la poursuite de cette opération sur le long terme devra s’apprécier. Néanmoins, si la situation devait rester aussi défavorable qu’actuellement, sans doute que la question de la fixation d’obligations chiffrées à la charge des médias audiovisuels ne manquerait également pas d’être soulevée. »

Le CSA a-t-il prévu de nouvelles opérations afin de médiatiser le sport féminin ?

« À ce stade, le CSA ne se projette pas sur de nouvelles opérations, tout d’abord parce que les compétences qui lui sont dévolues par la loi ne se limitent naturellement pas au sport et que les évolutions technologiques, économiques et des pratiques de consommation des contenus audiovisuels à l’œuvre depuis une dizaine d’années ouvre un grand nombre de sujets de réflexion et d’intervention, dans des domaines très divers, qui constituent son quotidien d’autorité de régulation du secteur.

    En outre, dans le domaine de la médiatisation du sport féminin, le CSA entend poursuivre sur les deux axes qu’il a tracés pour suivre ce sujet et ses développements :

  • la veille des pratiques, à travers le suivi des préconisations précédemment évoquées et la publication régulière d’études quantitatives sur l’exposition du sport féminin sur les chaînes de télévision et les stations de radio et les audiences fédérées par ces programmes,
  • l’échange avec les acteurs du secteur, opérateurs audiovisuels, monde sportif, pouvoirs publics (ministères, CNOSF, etc.), dans le cadre de réunions du comité de suivi des sujets « sport et audiovisuel.

Il sera toujours temps, au cours de l’année 2015, de s’interroger sur la nécessité ou la légitimité d’impulser ou de s’associer à de nouvelles opérations événementielles qui puissent, comme l’a été la journée du 01/02/2014, remplir une fonction d’accélérateur de la médiatisation du sport féminin en France. »

Retrouvez l’interview en cliquant ici.

Newsletter