Jérôme Valcke répond aux questions de News Tank à propos de la Coupe du Monde au Brésil
Si on vous avait dit, il y a trois ans, que vous en seriez à ce niveau de préparation à un mois de la Coupe du monde, qu’auriez-vous pensé ?
J’aurais dit : j’espère que c’est une mauvaise prévision. Le souci principal, c’est d’être prêt. Et être prêt, cela ne signifie être prêt la veille, mais un certain temps en avance, afin de pouvoir vérifier, comme on le fait avec un avion avant d’autoriser sa mise en service commerciale. Là, il s’agit de vérifier les infrastructures avant de les utiliser. C’est le principal défaut auquel on aura à faire face. On fait une course contre la montre pour que tout soit en place pour les médias (télécommunications, installations dans le stades), pour que les équipes aient tout pour jouer, s’entraîner et pour vivre, pour que les officiels aient ce qu’il faut pour assumer leurs fonctions, etc. Et on vit tous parce qu’il faut qu’il y ait des fans, certains devant la télé, et d’autres dans les stades qui font qu’il y a une ambiance. Nous avons des responsabilités vis-à-vis d’eux. Il s’agit donc de réfléchir globalement. La FIFA n’agit pas pour elle-même, mais pour le compte de ! On doit s’assurer que tous les systèmes d’accès pour les spectateurs, en matière de billetterie, fonctionneront. Pendant la Coupe des confédérations, tout à coup, dans un stade, plus aucun système ne fonctionnait : on est passé à la procédure où on découpait les billets à la main ! Là, on a pu tester les systèmes, tous fonctionnent. Ce sont des détails, mais ils peuvent empoisonner la vie dans un moment où tout devrait être dédié à la fête.
Cela reste donc un défi que tout soit prêt le jour J, dites-vous ?
Trois stades n’étaient pas finis à deux mois du match d’ouverture. Dont le stade Sao Paulo, qui existe, mais autour, tout l’espace réservé aux médias et à l’hospitalité, n’est pas achevé. Inaugurer un stade, c’est une chose, mais finaliser tout le travail autour, c’est autre chose. Merci -on va dire que c’est de l’arrogance- au professionnalisme des équipes du comité d’organisation et de la FIFA, qui fera qu’il y aura peut-être des problèmes en coulisses, mais que les gens dans le stade ne s’en rendront pas compte. Je ne vais pas mettre une échelle de valeur entre différentes compétitions, mais on peut accepter certaines choses à un moment et ne pas les accepter à un autre moment. On accepte de boire dans un verre en plastique lors d’une fête champêtre, mais on en veut un en verre dans un bon restaurant. A la Coupe du monde, on veut la perfection, l’excellence c’est pour cela qu’on travaille. Pourquoi vouloir l’excellence ? Parce qu’il y a des matches de championnat toutes les semaines, alors que la Coupe du monde, ce n’est qu’une fois tous les quatre ans. Les 32 jours de la compétition passent tellement vite qu’on ne peut pas se permettre d’être critiqué. Et ça s’adresse à tout le monde : si des médias doivent attendre quatre heures dans un avion avant de quitter une ville et ne peuvent pas effectuer leur travail normalement, ils seront mécontents. C’est quelque chose qui ne doit pas arriver !
Vous aviez prévenu avant même la Coupe du monde 2010 que cette édition 2014 serait compliquée à organiser…
J’ai toujours dit que 2014 ne serait pas plus facile que 2010. D’abord, le Brésil est un continent, un pays monumental par rapport à l’Afrique du Sud. C’est un pays en développement, qui fait donc face à des difficultés d’organisation : le réseau de transport, d’aéroports, le réseau routier et le manque d’hôtels constituaient autant de challenges pour le Brésil. Ce n’est pas parce que vous êtes cinq fois champion du monde ou parce que vous avez un des plus grands championnats que vous pouvez organiser une Coupe du monde. Un certain nombre de personnes, sans parler de candidats à la présidence de la FIFA, évoquent « l’arrogance, l’impérialisme de la FIFA »… Cela n’a rien à voir ! D’abord, un pays demande à organiser la Coupe du monde, ce n’est pas la FIFA qui l’exige. Deuxièmement, on exige ce qui fera que la Coupe du monde sera organisée dans les meilleures conditions. On ne dicte pas à un pays ce qu’il doit faire ! On demande à un pays de fournir un certain nombre d’infrastructures et de structures pour organiser un événement qui accueille au minimum un million de personnes dans le pays, qui est vu par un milliard de personnes en ce qui concerne la finale et qui fait que le monde s’arrête de bouger pendant 64 matches étalés sur 32 jours. C’est tout ce que l’on demande. Ce n’est pas de l’autoritarisme ! Quand des engagements ont été pris et signés, qui permettent ensuite à un comité exécutif et dans le futur à un congrès de la FIFA, de décider quel pays organise la Coupe du monde, ces engagements doivent être respectés !
Les formules un peu fortes que vous avez eues vis-à-vis du Brésil étaient-elles voulues, ou s’agissait-il de maladresses ?
Il y en a une qui a fait scandale et qui a fait que j’ai été pendant une période persona non grata…
Vous parliez de « mettre un coup de pied aux fesses » aux organisateurs…
Je l’ai dit en anglais. Ça a créé un malaise car cela concerne une partie du corps que l’on n’insulte pas au Brésil. La traduction a fait que ça a été très mal vu. Mais quoi que je dise, les journalistes me critiquent. Si je dis que le Brésil n’est pas prêt, on dira que je critique le Brésil, si je dis que ça va bien et que la Coupe du monde ne se passe pas bien, on dira que je me suis trompé. Donc, je ne peux que perdre. Soit on dit que tout va bien dans le meilleur des mondes, soit je dis -et je le fais- que ça ne va pas.
Vous aviez dit aussi que la démocratie ne rendait pas les choses faciles… Avec Vladimir Poutine, en 2018 en Russie, ce sera plus simple ?
C’’est vrai que j’ai dit que c’était parfois plus simple d’organiser avec un peu moins de démocratie. J’ai été repris de volée par les médias. Mais je n’ai jamais dit qu’il fallait moins de droits sociaux ou de droits de l’homme. J’avais parlé de la structure décisionnaire du pays : au Brésil, on n’a pas une même loi pour un certain nombre de choses dans le pays. Il faut donc négocier avec chaque Etat de chacune des 12 villes hôtes pour autoriser la consommation de bière dans les stades, pour la protection de la vente des billets, etc. Cela rend le travail plus compliqué, plus risqué. C’est pour ça que j’avais dit que l’idée d’organiser un Euro dans plusieurs pays est un challenge, car chaque nation a ses droits et il faut donc s’adapter. Un Etat où les décisions prises à l’échelon central s’appliquent partout rend la tâche plus facile.
Pour en revenir à l’organisation de la Coupe du monde, comment qualifieriez-vous les rapports entre la FIFA, le COL, le gouvernement brésiliens, etc. ?
Ça a été compliqué à cause des élections présidentielles qui ont eu lieu en octobre 2010 (03 et 31/10/2010) et un changement important : le président Lula, qui était une figure, a été remplacé par Dilma Rousseff, qui a dû faire face à un certain nombre de changements dans son gouvernement. Des ministres ont été démissionnés, dont le ministre des Sports Orlando Silva (accusé de détournement de fonds, le 26/10/2011), qui avait suivi le dossier Coupe du monde et qui a été remplacé par Aldo Rebelo… Il y a eu des élections locales, des changements politiques au niveau fédéral, au niveau des Etats et à l’échelon municipal. Le suivi des projets n’a pas toujours été facile. Il y a des villes qui ont vraiment profité de la Coupe du monde pour investir massivement et changer de structures : Curitiba a repensé son système de communications, de transports de A à Z. On a bien travaillé avec le gouverneur et maire de Brasilia, avec la municipalité de Manaus, de Salvador… Des relations de confiance se sont construites. A la fin, la Coupe du monde est davantage la responsabilité des villes que de l’Etat fédéral. Aujourd’hui, nous avons de bonnes relations avec le gouvernement brésilien, qui a d’autres soucis que la Coupe du monde. Il y a des élections présidentielles en octobre 2014 (05 et 26/10/2014 en cas de second tour).
Et avec les médias brésiliens, comment s’est passée cette période de préparation ?
Ils sont assez critiques vis-à-vis de la FIFA, ils ont mis du temps à accepter qu’un certain nombre de choses prenaient trop de temps et pouvaient rendre critique l’organisation de l’événement. Aujourd’hui, il y a des relations de compréhension entre les médias et la FIFA, mais ça n’a jamais été des relations soutenues. En Afrique du Sud avant 2010, les médias n’étaient également pas là pour féliciter la FIFA. D’ailleurs, ce n’est pas ce qu’on attend, on demande simplement que ce qui est dit corresponde à la réalité. Nous aidant ainsi à faire passer un message, que ce soit une belle histoire ou un message plus compliqué, quand tout ne se passe pas comme prévu.
Autant les risques liés à la sécurité avaient été mis en avant lors de la Coupe du monde 2010, autant on en parle peu cette fois-ci… Avez-vous des craintes ?
Ce sont les médias internationaux, principalement européens, qui avaient évoqué la sécurité en Afrique du Sud. Je trouve qu’ils parlent peu du Brésil. Les médias brésiliens parlent, eux, des infrastructures, du retard dans les travaux, mais peu de médias internationaux évoquent le Brésil et sa sécurité. En ce qui concerne donc la sécurité, je dirais la même chose qu’avant la Coupe du monde en Afrique du Sud : faites attention, il y a un minimum de règles à observer pour éviter des ennuis. Il ne faut pas aller n’importe où à n’importe quelle heure. Mais c’est la même chose en France !
Au niveau des transports, y aura-t-il des soucis entre le 12/06 et le 13/07/2014 ?
La bonne nouvelle, c’est qu’une compagnie aérienne a décidé de bloquer le prix de ses vols, ce qui a donné le bon exemple aux autres. Le nombre de connections directes entre les 12 villes hôtes -sans passer obligatoirement par Rio ou Sao Paulo- va augmenter. Il faut voir comment les aéroports vont digérer le surcroit de trafic. On a des engagements des autorités : tout devrait être fait pour que ça se passe bien. On nous dit que le Brésil a l’habitude d’organiser le Carnaval de Rio, mais les 3 millions de personnes qui y assistent ne bougent pas : elles restent dans Rio. Nous allons avoir, pour la Coupe du Monde, un million de spectateurs qui vont aller de Porto Alegre à Salvador ou de Cuiaba à Recife. Et Sao Paulo – Manaus, c’est 3 heures et demi d’avion ! Ce n’est pas une demi-heure de route ! Il faudra donc que les gens prennent en compte les dimensions du pays et s’organisent en conséquence.
Ceux qui iront au Brésil vont constater que les prix sont élevés !
Je vais régulièrement au Brésil depuis 2006. C’est vrai que les prix ont explosé ! Tous les prix : immobilier, hôtel, etc. Surtout à Rio et à Sao Paulo. Dans les autres villes, c’est moins compliqué. A Rio, ce qui coûtait 10 € il y a six ans coûte aujourd’hui beaucoup plus ! La vie est chère, Rio de Janeiro est devenue chère.
Les leçons de la Coupe des confédérations 2013 ont-elles été profitables ? Toutes les leçons ont-elles été tirées ?
Une leçon qui a été tirée, c’est celle liée aux manifestations qui avaient eu lieu. Personne ne s’y attendait. Tant au niveau gouvernemental qu’au niveau de la police, de l’organisation ou de nous-mêmes. La leçon a été tirée pour répondre et prévenir ce genre de choses. La Coupe des confédérations nous a permis de découvrir des choses qui ne fonctionnaient pas : une pelouse qui paraissait bonne au coup d’envoi du match d’ouverture à Brasilia était en très mauvais état après 90 minutes de jeu. C’était fondamental moins pour la FIFA que pour les organisateurs eux-mêmes. Même si à la Coupe des confédérations, il n’y a pas tout l’aspect international : hospitalité, médias… Nous sommes à 10 % de la Coupe du monde au niveau organisation. Certains disent qu’il faut annuler la Coupe des confédérations. Mais non, il ne faut pas ! Au Brésil, il y avait un tel niveau de football, une telle beauté du jeu ! C’est devenu un événement sportif à part entière. Et pour nous, FIFA, ça reste l’occasion de tester des infrastructures et de montrer ce qu’il reste à faire. Quelqu’un me demandait quels étaient mes deux meilleurs souvenirs dans le football. Pour moi, il y a définitivement 1998, en tant que Français, mais bizarrement, l’autre, c’est Espagne-Tahiti (10-0, le 20/06/2013, à Rio de Janeiro) : si vous voulez expliquer ce que le Brésil fera de cette Coupe du monde, ce match est la réponse ! Dans un stade du Maracana à 100 % brésilien, 70 000 spectateurs, avec d’un côté, une équipe championne du monde et double championne d’Europe et de l’autre, des non-professionnels sauf un (Marama Vahirua) avec une osmose qui se crée, l’Espagne qui ne prend pas de gants et un public qui supporte évidemment Tahiti ! Et ça, c’est ce qu’on va voir à la Coupe du monde, on ne va pas avoir un pays qui supporte une équipe, mais un pays dédié au football.
Est-ce que tout a été fait pour que la Coupe du monde ne se résume pas aux 64 matches de la compétition ?
C’est le principe de la Coupe du monde. Certains disent que l’édition 2022 peut se jouer l’été parce que les stades seront climatisés, mais ce n’est pas ça, la Coupe du monde ! C’est 32 jours d’un événement où le monde se retrouve. Le Brésil, avec sa capacité à être festif, à apprécier le football, avec sa magie va offrir cette ambiance qui fait que tant de personnes veulent y aller. On aura 35 ou 40 jours d’un événement unique ! Si vous aimez le football, la première Coupe du monde en Afrique, puis une au Brésil constituent les deux plus belles Coupes du monde qu’on puisse imaginer. C’est fantastique ! On va dans le pays qui potentiellement peut remporter sa sixième Coupe du monde, la première à domicile, et effacer le psychodrame de 1950 (défaite lors du dernier match face à l’Uruguay). Le pire pour le Brésil serait une défaite en finale face à l’Argentine, ce serait une double défaite. Le défi pour le Brésil n’est pas d’organiser la Coupe du monde, mais de la gagner !
La Coupe du monde 2018 en Russie sera-t-elle plus simple à organiser ?
Les Russes ont mis en place un comité d’organisation dès l’obtention de la Coupe du monde (02/12/2010) et se sont mis au travail aussitôt, avec un soutien très fort de Vladimir Poutine et du ministre des Sports, Vitaly Mutko. Je ne dis pas que ce sera plus facile, mais il y a un engagement et un départ plus rapide que pour n’importe quelle autre Coupe du monde. C’est un grand pays, mais le choix des villes a été fait plus rapidement, le choix du tirage au sort des éliminatoires (25/07/2015), bref, des décisions ont été prises pour lancer la machine ! Ils ont aussi des problèmes liés au pays : les hivers peuvent être rigoureux et des travaux peuvent être interrompus, ils ont donc pris de l’avance. Mais il y aura certainement d’autres soucis, sans même parler de l’opinion internationale avec ce qui se passe actuellement en Ukraine, mais il faudra travailler main dans la main avec le comité d’organisation pour lutter contre le racisme, la discrimination et contre certains comportements dans les stades. Il y aura des problèmes, parce qu’une Coupe du monde, ce n’est pas si facile à organiser.
Vitaly Mutko, le ministre russe des Sports, est membre du comité exécutif de la FIFA. C’est une première !
Ce n’est pas la première fois qu’un membre du comité exécutif est président du comité d’organisation de la Coupe du monde, mais qu’il soit ministre des Sports du pays organisateur, ce doit être la première fois. Je parle du Brésil avec Vitaly Mutko des structures temporaires. Au Brésil, il y a trois stades privés (Porto Alegre, Curitiba et Sao Paulo). Les propriétaires de stades veulent bien dépenser pour ce qui va leur servir après la Coupe du monde, mais pas 10 M€ pour des installations temporaires sans intérêt pour eux. Ils veulent donc que ce soit la ville ou l’Etat qui paie. En Russie, il n’y aura qu’un stade privé sur 12 (à Moscou), mais j’ai dit à Vitaly Mutko qu’on ne pouvait pas revivre les mêmes problèmes qu’au Brésil. Il faut un engagement pris au plus haut niveau.
La FIFA n’organise pas la Coupe du monde comme l’UEFA organise l’Euro : l’UEFA crée une société et organise elle-même la compétition, en profitant, dit-elle, des expériences passées…
La Coupe du monde de la FIFA se déroule en Afrique du Sud, au Brésil, en Russie, au Qatar… Nous voulons et souhaitons travailler avec le pays hôte ! Et vous devez vous assurer que vous avez un pendant dans ce pays qui donne à cette Coupe du monde les raisons qui font qu’elle est organisée dans tel pays. Il faut que toute une partie de la Coupe du monde corresponde au pays qui l’organise. Il y a des règles et la première, c’est 32 équipes et 64 matches, mais c’est une compétition organisée par un pays. Et il doit donner l’image de ce qu’il est dans l’organisation de la Coupe du monde. Peut-être que l’Euro n’a pas la nécessité d’avoir un tel engagement du pays. Nous, nous avons besoin du pays ! Les Jeux Olympiques, c’est l’autre extrême : le CIO (Comité International Olympique) est moins impliqué que la ville organisatrice, qui a un rôle majeur, même au niveau de la recherche de partenaires économiques. Nous, c’est le modèle intermédiaire, du 50-50, même si l’ensemble des droits économiques est du côté FIFA et si nous assurons 100 % des frais du comité d’organisation. Et l’UEFA, enfin, conserve toute l’organisation et les responsabilités.
Quel sera l’héritage pour le Brésil de la Coupe du monde 2014 ?
Il y a trois niveaux d’héritage. Le premier, ce sont les nouvelles infrastructures dont le football va bénéficier. Se pose toujours la question : que va devenir le stade de Manaus ? Mais la majeure partie des stades sera utilisée. Et une ville comme Brasilia qui n’avait pas de stade en a un magnifique aujourd’hui ! La capitale pourra ainsi accueillir la finale de la Coupe du Brésil, des matches de l’équipe nationale, des événements prestigieux. Le deuxième niveau d’héritage est lié à ce que les villes ont fait ou bâti, comme les moyens de transport à Curitiba, des logements, des programmes comme celui, à Brasilia, où une usine fabrique des maillots et des filets de but en employant des personnes très défavorisées, qui ainsi ont un travail et touchent de vrais salaires. Il y a enfin une partie moins tangible liée à la reconnaissance internationale et à l’accroissement du nombre de visiteurs. Il y a quelques années, il n’y avait que 5 millions de touristes par an au Brésil. L’Afrique du Sud a bénéficié très largement de cette reconnaissance internationale. L’héritage ne se mesure pas uniquement à l’argent qui est laissé sur place, même si nous avons créé un fonds dans lequel nous avons déjà mis 20 millions de dollars. Nous mettrons plus d’argent quand nous aurons fait les comptes finaux. Cela fait partie d’un plan qui vise aussi à développer des infrastructures dans les 15 Etats brésiliens sur 27 qui n’accueillent pas la Coupe du monde, de créer des mini-terrains dans les zones défavorisées et -c’est un souhait de la Présidente Dilma Rousseff- de favoriser l’inclusion des femmes dans la société en assurant le développement du football féminin.
Financièrement, cette XXe Coupe du monde sera-t-elle une réussite ?
C’est de toute façon une réussite pour la FIFA. Une Coupe du monde représente 30 % des dépenses de la FIFA ; le développement et l’organisation des autres compétitions absorbent 45 % : on a donc 75 % qui repartent dans le football. Mais le football est devenu si fort, la Coupe du monde est si puissante que c’est un succès commercial. Mais on gagnera plus d’argent en Russie. Et encore plus au Qatar ! Cela peut paraître indécent dans un monde en crise, mais plus il y a d’argent qui rentre et plus il y en a qui repart dans le football. Le congrès de la FIFA a décidé que le montant des réserves ne devait pas être augmenté de manière significative : 200 M€ sur le cycle actuel (2011-2014). Sur 4,3 milliards d’euros, 5 % sont gardés en réserve et 95 % sont redépensés (dont les trois quarts dans le football) ! Sur ce cycle, on a fabriqué trois nouveaux programmes : pour les plus défavorisés, pour créer des ressources supplémentaires et pour développer le professionnalisme.
Pour terminer, les prochaines élections à la présidence de la FIFA sont programmées le 29/05/2015. N’y aura-t-il qu’un candidat, Joseph Blatter ? Y aura-t-il une élection par acclamations ?
Les statuts disent que cela doit se passer par vote secret. Après, le congrès est souverain et peut décider à la majorité, si cela lui est demandé, de faire une élection par acclamations s’il n’y avait qu’un candidat et qu’il ne juge pas nécessaire d’organiser un scrutin. En 2011, Joseph Blatter était seul candidat et il y a eu un scrutin qui s’est terminé par un résultat très largement en sa faveur.
Le président actuel était auparavant secrétaire général. Le secrétaire général actuel ambitionne-t-il d’être un jour président ??
Le président actuel est président. Il a déclaré qu’il souhaitait continuer, mais il va demander aux membres du Congrès s’ils approuvent sa candidature. Pour l’instant, tout le monde peut se déclarer candidat sans l’être, puisque les statuts prévoient que la clôture des candidatures est quatre mois avant le scrutin. Donc, avant fin janvier, les candidats doivent déposer officiellement leur candidature avec cinq associations nationales qui la soutiennent. Pour l’instant, une personne (Jérôme Champagne) a dit qu’elle était candidate tant que Joseph Blatter n’était pas candidat, mais qu’elle ne le serait plus quand Blatter le sera – c’est une campagne comme une autre…- et un (Michel Platini) dit qu’il sera peut-être candidat et qu’il est le seul à pouvoir battre Blatter. On verra qui sera le ou les candidat(s). Mais moi, je suis le secrétaire général de la FIFA, je suis le secrétaire général de Blatter et je ne serai le secrétaire général de personne d’autre. Ça, au moins, c’est clair.
Retrouvez l’interview en cliquant ici.
© photo WANDERLEI ALMEIDA / AFP

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