« Le sport en France va enfin être reconnu au même titre que la culture »

"Le sport en France va enfin être reconnu au même titre que la culture"

Interview de Jean-Pierre Louvel, Président de l’UCPF

« Le sport en France va enfin être reconnu au même titre que la culture », déclare Jean-Pierre Louvel, président de l’UCPF (Union des Clubs Professionnels de Football), à NTF, concernant le rapport « Pour un modèle durable du football français », que Jean Glavany, président du groupe de travail, a rendu à Valérie Fourneyron, ministre des Sports, de la Jeunesse, de l’Éducation populaire et de la Vie associative, le 29/01/2014.

Le rapport de la commission « permet d’ouvrir la porte à deux mesures économiques : l’une qui concerne le droit à l’image et donc là de se rapprocher de ce qui se fait dans la culture pour les artistes et deuxièmement l’éventualité de l’abandon de la taxe sur les spectacles », précise Jean-Pierre Louvel.

« Cette mesure du droit à l’image, il est excessivement important que nous y travaillions. Dans les semaines qui viennent, pas dans les mois, dans les semaines ! Les délais annoncés par la ministre sont déjà longs pour nous. Et ils ne pourront pas être allongés. »

Jean-Pierre Louvel, revient pour NTF, sur les principales propositions et perspectives qu’introduit le rapport « Pour un modèle durable du football français ».

Quelle est votre réaction à ce rapport et aux propositions qu’il contient ?

Tout d’abord, j’ai trouvé dans le discours de la ministre une tonalité différente de ce qu’on avait pu entendre ces derniers mois ou ces dernières années. Il y une vraie volonté d’avancer, pour aider le football -le sport en général, mais le football en particulier- à trouver une stabilité et une économie durable. Non seulement une économie, mais à reconnaitre un rôle social, etc. Ça, c’est un premier point. Mais ça reste une tonalité et des mots. Le deuxième point important, et qui a été rappelé par le président (Glavany), c’est enfin la reconnaissance de la « culture sport » par rapport à la culture intellectuelle.

On a toujours été considérés comme mineurs dans l’éducation. Aujourd’hui, les mots précisent qu’effectivement, c’est un tout et que la culture sport est aussi importante que l’autre. Mais cela a aussi des conséquences très importantes sur l’économie, puisque cela permet d’ouvrir la porte à deux mesures : l’une qui concerne le droit à l’image et donc là de se rapprocher de ce qui se fait dans la culture pour les artistes et deuxièmement l’éventualité de l’abandon de la taxe sur les spectacles. Et c’est plus qu’une éventualité de notre point de vue parce que la Commission européenne a porté plainte contre la France. Donc, je pense qu’on va beaucoup plus loin.

Mais il y a des élections municipales, et ça touche les collectivités locales, donc il faut prendre son temps, j’en conviens tout à fait. Cette ouverture-là est fondamentale : ça veut dire que, si on va au-delà des mots, si on traduit ça par des actes, le sport en France va être enfin reconnu comme la culture l’est depuis très longtemps. Et ça, ça me paraît très important.

Quelles sont les étapes suivantes, à présent ?

Maintenant, c’est assez simple, et notamment en ce qui concerne le droit à l’image, et ça a été rappelé : il faut mettre autour de la table les acteurs, joueurs et entraîneurs, les clubs et l’État. Très rapidement, afin de voir quel est le meilleur système qui pourrait être adopté. Parce que je rappelle une chose : la taxe à 75 % existe, elle est payable par les clubs pour les deux ans qui viennent et pour l’instant, on n’a pas d’allégement de charges. On est toujours pris à la gorge par l’ensemble de la fiscalité française.

Donc, cette mesure du droit à l’image, il est excessivement important que nous y travaillions. Dans les semaines qui viennent, pas dans les mois, dans les semaines ! Les délais annoncés par la ministre sont déjà longs pour nous. Et ils ne pourront pas être allongés.

N’avez-vous pas peur que le rapport finisse sur une étagère ?

C’est forcément une crainte qu’on a tous. Parce que rappelons-nous tous les rapports précédents, Besson, Séguin, etc. La ministre, par ses propos, nous a un peu rassurés, mais ce ne sont que des propos. Et nous allons rester très vigilants sur les actes. Donc oui, il y a du positif, oui, il y a des axes positifs qui ont été énoncés, oui, il y a une intention qui est donnée, mais ce qui compte, ce sont les points concrets qui vont être mis en place rapidement et surtout les discussions qui doivent se poursuivre très vite pour aller plus loin et pour être plus précis dans les propositions.

Cinq jours avant la publication du rapport, vous avez cosigné une lettre (FFF-LFP-UCPF) pour exprimer des craintes. Êtes-vous rassuré ?

C’était une réaction vis-à-vis d’un document de travail, pas du rapport final. Ce qui est rassurant, c’est la tonalité, c’est l’engagement qui est pris, y compris par la ministre. Maintenant, nous voulons avancer très vite, faire fructifier le travail, l’UCPF prendra ses responsabilités, mais nous souhaitons que les travaux se poursuivent très rapidement sur un certain nombre de sujets. Le calendrier ne doit surtout pas s’allonger…

La publication de ce rapport n’est qu’une étape, de votre point de vue ?

Pour nous, ce n’est certainement pas la fin, puisque, pour s’en tenir à l’aspect économique des choses, la taxe à 75 % s’applique et nous n’avons rien qui permette aux clubs de respirer.

M. Glavany n’était-il pas aussi chargé d’une médiation sur les 75 % ?

Aujourd’hui, club par club, pour les 75 %, il y a des aménagements qui sont trouvés avec les services ministériels, mais il n’y a plus de négociations. Ce sont donc les mesures qui sortent de ce rapport qui vont permettre de donner du souffle aux clubs. Ce souffle, on l’a bien compris, n’interviendra que l’année prochaine, si le calendrier est bien tenu, donc nous serons vigilants pour qu’il soit tenu. Les deux pistes peuvent représenter beaucoup. Maintenant, il faut, comme l’a dit le président Glavany, qu’il y ait un accord entre les différentes parties, donc il faut les mettre autour de la table très, très rapidement.

Retrouvez l’interview dans son intégralité, en cliquant ici.

© KENZO TRIBOUILLARD / AFP

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