Bernard Lapasset, président de l’IRB, s’est entretenu longuement avec News Tank Football à propos du football, du rugby, des grands événements internationaux, des droits TV ou encore des ambitions du Qatar… Découvrez son interview.
Vous étiez président de la Fédération Française de Rugby lorsque la France a organisé la Coupe du monde 2007, dernière grande compétition organisée dans l’Hexagone. Quels conseils donneriez-vous aux organisateurs de l’Euro 2016 ?
Je me garderais bien de donner des conseils, mais en 2007, j’ai pu mesurer la différence entre une fédération nationale qui organise une compétition et une fédération internationale qui poursuit une stratégie inscrite dans un temps plus long : c’est parfois très différent, les objectifs peuvent même s’opposer. Il faut donc une entité qui rassemble toutes les parties prenantes : Fédération internationale, Fédération nationale, partenaires économiques, partenaires territoriaux, villes hôtes, autres acteurs… Ce comité doit être le plus large possible, et doit permettre à chacun d’exposer et de mettre en œuvre ses objectifs propres. Notamment la Fédération hôte qui a la responsabilité de la gestion et de la préparation de l’événement et pour laquelle la question de l’héritage que va laisser la compétition est un enjeu majeur. Cette instance peut être dirigée par un président national, si possible le président de la Fédération nationale comme je l’ai été. Et cela pour deux raisons principales. Premièrement l’organisation sur notre territoire suppose des arbitrages avec l’Etat. Pour 2007, c’était un GIP (Groupement d’Intérêt Public) et c’est la première fois qu’un GIP passait sous l’autorité d’un président de Fédération. Je rends hommage à Jean-François Lamour, alors ministre des Sports, qui avait accepté cette prééminence de la Fédération. Deuxièmement, parce qu’il est fondamental d’imprimer une identité, une couleur fortes à l’événement. Pour la première fois, en France, il y a eu un héritage qu’on a pu mesurer. Le CDES de Limoges a étudié des retombées extrêmement importantes : durant les sept semaines de compétition, on a contribué au doublement des retombées touristiques nationales. Cela écorne le mythe selon lequel une organisation coûte de l’argent. C’est faux, à condition qu’on sache gérer, que chacun assume ses responsabilités.
Mais pour l’Euro 2016, c’est très différent : la structure organisatrice, Euro 2016 SAS est une société qui appartient à 95 % à l’UEFA et 5 % seulement à la FFF…
Ce schéma est celui qui a été choisi par l’UEFA et la FFF, en accord avec l’Etat. Il est innovant. Il faudra demander aux organisateurs eux-mêmes d’en faire le bilan Les stratégies de la marque « football » sont différentes, elles sont mondiales. Aujourd’hui, en tant que président de la Fédération internationale de rugby, j’ai l’obligation de faire grandir mes fédérations dans chaque nation : en 2019, le Japon sera le premier pays « non-rugby » à organiser une Coupe du monde, car j’estime qu’il faut ouvrir de nouveaux marchés. Le Japon aura peut-être besoin de davantage de soutien, donc d’une implication renforcée de la fédération internationale. Mais je souhaite que les principes de base restent les mêmes.
L’UEFA, qui accumule des savoir-faire à chaque édition de l’Euro, prétend néanmoins qu’elle est la mieux placée pour capitaliser et faire fructifier les expériences d’hier pour organiser les compétitions de demain…
Le modèle du CIO (Comité International Olympique) que défend le nouveau président, Thomas Bach, va certainement changer. Au cours de la session à Sotchi (RUS), il a parlé de flexibilité, d’innovation et de restriction des coûts. Le CIO a mesuré la difficulté de faire peser les mêmes obligations sur des pays complètement différents. Pour la Coupe du monde, on sait bien que le modèle du Qatar ne sera pas celui appliqué en Allemagne en 2006 ou en France en 1998. J’ai connu différents modèles. En tant que membre de l’IRB, j’ai vécu la Coupe du monde de rugby en Australie en 2003. J’ai fait 2011 et Nouvelle-Zélande et je prépare 2015 en Angleterre, puis 2019 au Japon : à chaque fois, on a des modélisations différentes. Chaque pays identifie sa culture -c’est un sport de culture, le rugby-, son identité, ses références : cela renforce l’impact pour une nation qui doit se retrouver derrière une compétition avec ses vertus. Ça peut même aller jusqu’à la façon de jouer, d’aborder les règles du jeu et leur modélisation sur le terrain. J’apprécie beaucoup Michel Platini, on se connaît depuis des années, on a travaillé ensemble sur le Stade de France. Je suis certain que l’UEFA, même si elle prend la main sur l’organisation, prend en compte les spécificités des pays hôtes.Le respect de l’identité et la valorisation de la culture nationale sont des ingrédients indispensables au succès populaire de l’événement.
L’UEFA est-elle trop forte ou la FFF trop faible ?
C’est d’abord une approche initiale complètement différente. En France, je me suis imposé vis-à-vis de l’IRB. En France, en 2007, c’était la première fois qu’un pays non-anglophone organisait une Coupe du monde. Pour les Britanniques, c’était compliqué : on n’a pas les mêmes lois, pas le même système juridique, nous avons un mille-feuilles administratif… Il y a eu des discussions très tendues. Mais on y est arrivé. On a fait 98 % de taux de remplissage des stades, plus que pour tous les grands événements sportifs en France ! On a battu tous les records d’audiences télévisées, il y a eu plus de 7 000 bénévoles. Cela prouve que le système fonctionnait, on a associé tout le monde. Quand j’ai proposé à Disneyland Paris de nous réserver une journée complète pour les volontaires (18/03/2007, six mois avant la Coupe du monde), la SNCF s’est présentée immédiatement pour offrir le train gratuitement pour les emmener de la France entière. On avait gagné les Six Nations, l’équipe de France est arrivée avec le trophée, c’était extraordinaire ! Les partenaires sont venus tout de suite, il y a eu une adhésion qui a renforcé l’identification du projet. Sans cette identification par la nation, ça n’a pas de sens. Il n’y a pas que le sport qui compte ! La façon de le vivre, de faire participer les autres est essentielle.
Jacques Lambert répète qu’un Euro réussi sera un tournoi qui ne se limitera pas aux 51 matches et aux 10 stades de la compétition…
Il faut bien sûr des lieux de rassemblement en dehors des stades. Mais tout cela, ça se construit. Quand on a commencé à parler de ça avec les services de sécurité du ministère de l’Intérieur, ça a été immédiatement : deux compagnies de CRS, 50 cars de police… On a dit non ! Tout de suite ! Comment faire pour que les Australiens, les Anglais, les Néo-Zélandais partagent ces moments-là ? A Lens, pour le premier match, Angleterre – États-Unis, en semaine, une vingtaine d’Eurostars supplémentaires avaient été affrétés, le maire de Lens avait fermé les rues aux voitures. Des supporters sont restés toute la journée, il y avait des bandas, on a fait une fête du rugby à Lens comme jamais il n’y en avait eue. Parce que tout était accessible, parce qu’on avait modélisé un projet. La réussite, ce n’est pas seulement le match : c’est avant, pendant et après ! Je me rappelle, quand je suis rentré le soir en TGV sur Paris, avoir vu des files d’Anglais qui rentraient chez eux en Eurostar. Il n’y a pas eu d’incidents, pas un seul ! Pourtant l’Angleterre était menée à la mi-temps, face aux États-Unis (résultat final : 28-10, le 08/09/2007)! Tout est donc affaire de stratégie, il faut que tout le monde se sente concerné. Quand la réussite devient sociale et populaire, c’est extraordinaire ! Alors, quand la France gagne la Coupe du monde de foot, c’est merveilleux, mais il y a donc d’autres critères pour réussir une organisation et ne pas soumettre l’adhésion au seul résultat sportif.
Mais comment faire pour qu’une compétition internationale ne concerne pas que les villes hôtes ?
Nous, en 2007, on avait essayé de toucher toutes les régions, on avait 12 stades, ce qui nous permettait d’ouvrir de nouveaux territoires, d’aller à Nantes et à Lens, mais on avait créé aussi des villes résidentes, avec l’accord des fédérations participantes. Cela permet de tisser des liens. Par exemple, l’Afrique du Sud a voulu venir en Seine-Saint-Denis parce qu’il y a entre eux une relation historique : pendant l’apartheid, beaucoup de Sud-Africains sont venus dans ce département où étaient fortement implantés le Parti Communiste et des associations anti-apartheid. Beaucoup de dirigeants sud-africains d’aujourd’hui ont vécu en Seine-Saint-Denis et ont voulu refaire vivre cette relation. Tout le département s’est mobilisé et cela a créé une animation extraordinaire pendant sept semaines. On a mobilisé les associations, les centres culturels, les salles de spectacle, les collectivités locales. A Nantes, on savait que la ville était jumelée avec Cardiff. On a proposé aux Gallois de séjourner à Nantes. Il y a eu des lignes de ferries du Pays de Galles à Nantes, des centaines de camping cars ont sillonné la région jusque dans le Morbihan… C’était énorme ! Et on a rempli la Beaujoire. Beaucoup de gens venaient pour découvrir, même des gens pas très rugby. On a aussi ouvert les entraînements au public, notamment à Montpellier ou Aix en Provence. Une journée par semaine, ce qui permettait au public de voir les joueurs, de récupérer des autographes, etc.
L’Euro 2016 pourrait-il servir dans la perspective d’une éventuelle candidature de Paris pour l’organisation des JO de 2024 ?
Je ne sais pas si on sera candidat. On n’est même pas encore dans une démarche de pré-candidature. Pour l’heure, on construit une vision : qu’est-ce qu’on peut mettre dans ce projet ? Nous avons associé Jacques Lambert, on travaille collectivement, autour de douze groupes de travail, avec des athlètes dans chacun, des représentants du mouvement sportif et de la vie civile et du secteur public. Il y aura des chefs d’entreprise, des responsables territoriaux, des partenaires économiques, des représentants des médias. Il y aura de 10 à 12 personnes par groupe et là, on va définir ce qui conviendrait le mieux pour répondre aux objectifs du CIO. Il ne s’agit pas de dire : il faut que la France fasse quelque chose de beau, non. Quand vous êtes en face du CIO, il faut trouver ce qui peut le décider à voter pour vous, ce qu’on peut apporter. C’est la première fois que le mouvement sportif est leader dans cette démarche. On va aborder des thèmes comme l’écologie, le sport, l’activité sociale, la culture… et à chaque fois, on aura des propositions à faire pour donner du sens et valoriser notre projet olympique. Parce qu’on veut à tout prix renforcer l’image de l’olympisme. La grande question que pose Thomas Bach, c’est : comment faire vivre les Jeux Olympiques 365 jours par an ? Donc, ce n’est pas seulement le temps de la compétition qui compte, qui ne dure que 15 jours. C’est comment faire vivre l’olympisme entre les Jeux. C’est ça, le schéma de demain. Dans les écoles, le sport santé, on va apporter une vision nouvelle, de nouvelles propositions qui peuvent en même temps faire évoluer la société française et l’image du sport qu’on a en France.
Que pensez-vous de l’échelle de 1 à 10 qui sépare, en France, les droits TV du rugby (Top 14 : 71 M€ par an pour 2014-2019) et ceux du football (Ligue 1 : 726,5 M€ pour 2016-2020) ?
Le football a mis 50 ou 60 ans pour devenir professionnel. Le rugby ne l’est que depuis 1995. On ne s’impose pas comme sport international parce qu’on le veut. Le football fait appel à des qualités qu’on peut trouver partout, c’est un jeu simple, qui permet une pratique à tous les niveaux. C’est le sport universel, par excellence. Ce n’est pas le cas du rugby. Le football est hors normes, c’est un sport naturel, qui a eu des stars partout, dans chaque pays. Le rugby a eu la chance d’avoir Lomu en Nouvelle-Zélande, Blanco et Rives en France, Wilkinson en Angleterre, et tant d’autres, mais on n’entre pas encore dans l’univers professionnel par la grande porte. Le monde professionnel s’ouvre à partir du moment où des joueurs sont reconnus, identifiés et deviennent des ambassadeurs en communication, et valorisent l’image de leur sport. Le football l’a très bien fait, le rugby n’y est pas encore.
Des droits TV du rugby multipliés par deux, est-ce une bonne chose ?
C’est un signe de bonne santé économique et ça valorise le travail accompli. La question se pose maintenant de savoir comment cet argent sera investi. Le mérite du football, c’est d’utiliser l’argent pour le développement de ce sport, d’organiser des compétitions dans de nouveaux pays, etc. Il faut que le rugby suive la même démarche et ce n’est possible que si on a une fédération internationale forte, qui imprime un mouvement. Le rugby à 7 sera peut-être ce véhicule, demain…
Vaut-il mieux une diffusion sur des chaînes gratuites ou payantes ?
C’est une vraie question. Le plus important, c’est la diffusion d’images, avant la valorisation des droits. Il faut que certaines compétitions soient systématiquement en clair. Une fédération ne peut pas regarder uniquement la dimension financière d’un contrat. C’est impossible, on est tellement en concurrence avec d’autres sports. Le sport est un produit d’appel pour les chaînes, qui en ont donc besoin. Si on perd l’accès aux images pour le grand public, on perd de la notoriété et donc de la valeur. Il faut une fédération forte avec une stratégie et une vigilance sans faille.
Quel regard portez-vous sur la programmation du football à la télévision ?
Comme téléspectateur, je regarde le sport sur différentes chaînes. Mais quand on est acteur comme moi dans un dispositif de décision international, il ne faut jamais perdre de vue qu’il faut se réserver une chaîne avec laquelle on a noué une fidélité, avec laquelle on a construit une offre structurée, qui met en scène notre sport et fidélise les spectateurs. Si la chaîne du rugby, c’est telle chaîne, on est certain de conserver une référence dans laquelle on peut avancer, construire et diversifier. En France, pourquoi est-on resté fidèle à France Télévisions ? J’ai été président de la FFR pendant 18 ans, et j’avais besoin de ce qu’offre le service public pour satisfaire les supporters du rugby, notamment grâce aux décrochages régionaux sur France 3, mais aussi aux appels pour des matches de deuxième ou troisième divisions. Parallèlement, nous avons fait de TF1 la chaîne de grande audience de la Coupe du monde. L’aspect financier n’est que l’écume d’un produit. Si on peut concilier finances et reconnaissance, on est plus à l’aise.
Que pensez-vous de l’arrivée d’investisseurs comme le Qatar dans le sport ?
J’ai pris beaucoup de plaisir avec les matches du Paris-SG en Ligue des champions. Je ne zappe pas. Par ailleurs, je suis pour l’internationalisation de la pratique. Pourquoi le Qatar ne pourrait-il pas organiser une Coupe du monde de football ? Les conditions, notamment climatiques, rendent le projet plus difficile. Mais on ne peut pas les écarter définitivement. Cela n’a pas de sens ! Pourquoi les grands événements seraient-ils réservés à quatre ou cinq pays dans le monde. Le sport est un produit international, la géopolitique change, il y a des pays émergents, l’Afrique s’organise… Aujourd’hui, 80 % des moins de 16 ans vivent en Afrique ou en Asie. Or, les jeunes, ce sont eux qui vont faire le sport de demain. Nous construisons des modèles de société qui n’intègrent pas suffisamment la partie sportive ou l’éducation par le sport. Il faut considérer que les grands événements sont ouverts à tout le monde. Après, quelle place donne-t-on à l’argent ? Moi, je fais un événement de rugby féminin à 7 à Dubaï, ils ont construit un stade dans le désert : quatre terrains extraordinaires. Après, comment accrocher la population ? J’ai monté une fédération avec 100 % de gens des Emirats. Il faut que les gens du pays se prennent en main avec leur histoire, leur culture. Si on y arrive, on a rempli notre mission. Essayons d’utiliser l’argent en investissant en termes d’activité et d’intégrations sociales, en faisant jouer les filles, comme je suis parvenu à le faire en Tunisie ou en Iran. Il y a plus de filles que de garçons qui jouent au rugby en Iran ! Il faut gagner des territoires et cela ne se fait pas qu’avec de l’argent.
Irez-vous voir la Coupe du monde 2014 au Brésil ?
Oui, je vais y aller. J’ai quelques soucis au Brésil, dans le rugby. C’est un pays complexe. Il y a un lourd retard pour les JO de 2016 à Rio. À Sotchi, lors des JO d’hiver, toutes les fédérations olympiques concernées par le programme se sont réunies et ont exprimé leurs besoins.
Il y a eu des manifestations pendant la Coupe des confédérations en 2013. Y a-t-il un risque de rejet de la population ?
C’est une interrogation forte. Il peut y avoir rejet de la population et des participants eux-mêmes. Il y a eu une discussion très ferme entre la présidente (Dilma Rousseff) et Thomas Bach. Le gouvernement a convenu d’un nouveau calendrier pour réaliser les travaux.
Quelles sont vos relations avec la FIFA (Fédération Internationale de Football Association) ?
Elles sont bonnes. À une époque, j’ai travaillé avec Jérôme Valcke (secrétaire général de la FIFA). Et auparavant avec Jérôme Champagne. Je suis allé plusieurs fois à Zurich. Pour parler de spécificité sportive, de législation européenne. De dopage et de paris sportifs, deux dossiers majeurs, de calendrier aussi, parfois.
Le trucage de matches est-il plus dangereux que le dopage ?
Ce système de fraudes est le plus difficile à repérer. C’est un risque majeur, car cela peut complètement dénaturer la pratique sportive. Il faut être très vigilant et ce travail concerne tout le monde, sports individuels comme sports collectifs. Là-dessus, on a des coordinations avec le football, on a des groupes de travail avec le CIO où foot et rugby sont ensemble.
Nous n’entendons pas souvent parler de matches de rugby truqués…
Au rugby, c’est compliqué car un joueur tout seul ne peut rien faire, à moins de lâcher volontairement un ballon dans l’en-but, mais ça se voit. Si un joueur ne pousse pas en mêlée, il va se prendre un « marron » par son copain, car la solidarité dans l’effort est incontournable. C’est un sujet difficile, mais il faut sensibiliser les dirigeants, les joueurs, les arbitres et les coaches sur les risques potentiels, il faut des systèmes d’alerte.
En tant que président de l’IRB, observez-vous les États-Unis et les sports américains ?
À Las Vegas, on a ouvert un tournoi de rugby à 7 qui fonctionne très bien : 38 000 personnes le premier jour, 35 000 le deuxième. Avec le sport féminin en démonstration. Le rugby à 7 est un sport olympique et qui colle bien avec les universités. Et c’est un substitut au football américain dont l’image se détériore avec les gros dangers qu’il fait courir : blessures, dopages. Les patrons de CNN et de CBS sont venus me voir tous les deux…
Le modèle universitaire américain est-il duplicable en Europe ?
C’est tellement spécifique à l’Amérique, avec un système de financement privé. On n’a pas cette puissance économique, on n’aura jamais chez nous la taille d’une université américaine, on n’aura jamais les mêmes moyens…Par ailleurs c’est un modèle forcément élitiste qui ne touche pas tous les sports. Il est donc difficilement transposable.
Le football est le premier sport collectif féminin aux États-Unis !
Le rugby à 7 pourrait rapidement rivaliser. Car les filles n’ont pas accès au football américain. Volonté d’engagement, sport physique, cela correspond bien au rugby à 7.
Quel regard portez-vous sur le monde du football professionnel ?
C’est une question très difficile. À titre personnel, je le vois comme un monument. Pour moi, c’est à la fois l’Empire State Building, la Tour Eiffel et la Basilique Saint Pierre : c’est à la fois la puissance de la finance car il a les plus gros budgets, le temple de la culture car c’est un sport à forte identité et une forme de religion universelle. Le football, pour moi, c’est tout ça. C’est un monde d’une richesse extraordinaire. Des fois, ça nous énerve, mais on vit en permanence avec et finalement, c’est tant mieux.
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© photo JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP

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