Interview de Michel Platini, Président de l’UEFA
« Je n’ai jamais considéré qu’entre les compétitions de clubs et celles d’associations nationales, il y en avait qui étaient supérieures aux autres. Quand je jouais, je donnais 100 % au club et 100 % à l’équipe de France. Donc, on a changé un peu le calendrier des équipes nationales, on a mis en place ‘la semaine de football’, une semaine des équipes nationales pour revaloriser le football des associations nationales », indique Michel Platini, président de l’UEFA (Union des Associations Européennes de Football), à NTF, le 13/02/2014″.
« En Europe, on n’a pas toujours bien considéré le football des équipes nationales. Moi, je considère qu’il est aussi important que le football des clubs. Les gens pourront voir aussi facilement un Espagne-Arménie qu’un Chelsea-Plzen. Je suis content qu’on ait mis en place ce calendrier qui revalorise le football de sélections » ajoute Michel Platini, qui assistera le 23/02/2014 à Nice au tirage au sort des éliminatoires de l’Euro 2016. »
« En ce qui concerne la Ligue des champions dont les huitièmes de finale aller débutent le 18/02/2014, « tout ce que je peux faire, et ce que je fais, c’est apporter des aménagements pour que le critère sportif résiste au critère économique. C’est mener à bien des réformes pour que chacun puisse avoir sa chance », déclare le président de l’UEFA. »
À propos de l’Europa Ligue, dont les seizièmes de finale aller sont programmées le 20/02/2014, Michel Platini affirme : « Je l’adore, cette Europa Ligue. C’est la Coupe du cœur de l’Europe. Tout le monde peut la jouer pour la gagner, car les différences de budgets entre les participants ne sont pas énormes. Elle est belle, cette Coupe ! Ceux qui ne veulent pas la jouer ne sont peut-être pas suffisamment bons pour bien la jouer… ».
Après avoir évoqué le fair-play financier et les tares actuelles du football (trucage de matches, violence, racisme, excès liés aux transferts) sur NTF, le 23/01/2014 (UEFA : « Au niveau du fair-play financier, on ne lâchera pas ! »), Michel Platini aborde à présent le format des compétitions de clubs (Ligue des champions, Europa Ligue) et de sélections (Euro 2016, première édition à 24 équipes, Euro 2020 organisé dans 13 villes de 13 pays européens).
La Ligue des champions est-elle perfectible ? Et si oui, quelle est sa marge de progression ?
Si j’estimais qu’elle était perfectible, je ferais en sorte de l’améliorer. Je me suis efforcé de la rendre plus démocratique. Plutôt que le deuxième, troisième ou quatrième d’un championnat joue contre un « petit » pour atteindre la phase de poules, il doit affronter une autre équipe qui est dans la même situation que lui. Cela donne la possibilité à davantage de clubs champions de participer. Si je l’ai fait, c’est que je pensais que c’était bien, et je pense d’ailleurs toujours que c’était une bonne chose de mener à bien cette réforme des listes d’accès. C’était un projet murement réfléchi, et qui était une de mes priorités lorsque j’avais été élu en 2007.
Mais les places réservées aux « petits » champions n’ont pas bouleversé la hiérarchie…
Ces places ne sont pas « réservées », les clubs doivent se qualifier ! Ils doivent être champions de leur pays, puis battre d’autres champions pour jouer en phase de groupes. C’est leurs performances sur le terrain qui leur donnent la légitimité de participer à cette prestigieuse compétition. Et ça offre des possibilités de développement dans les pays concernés. L’Apoel Nicosie a bien battu Lyon (en huitième de finale de la Ligue des champions 2011-12) ! Il y a eu Bâle (qualifié pour les huitièmes de la Ligue des champions 2011-12 au détriment de Manchester United)… Il y a de belles histoires. On doit être des faiseurs de belles histoires.
Il n’empêche qu’on fêtera le 26/05/2014 le dixième anniversaire de la dernière finale de Ligue des champions à laquelle ont participé des clubs qui n’étaient ni anglais, ni allemands, ni italiens, ni espagnols. C’était FC Porto-AS Monaco (3-0). Depuis, les neuf dernières finales ont été trustées par quatre pays !
C’est un fait. Mais il faut prendre un peu de recul : les grands clubs des grands championnats ont toujours dominé les compétitions européennes. Si on regarde le palmarès de la Coupe d’Europe des Clubs Champions, on peut voir que les mêmes clubs l’ont gagnée plusieurs années d’affilées, avec parfois des séries impressionnantes. Il y a eu le Real Madrid de la fin des années 50 (cinq victoires consécutives de 1956 à 1960), le Bayern au milieu des années 70 (trois victoires consécutives de 1974 à 1976), puis Liverpool (quatre victoires entre 1977 et 1981) ou encore le Milan AC (trois victoires entre 1989 et 1994). En retraçant l’histoire de cette compétition, on retrouve donc déjà les quatre grands pays. Je dirais que la différence aujourd’hui, c’est que cela fonctionne moins par cycle et que, d’une certaine façon, l’incertitude est encore plus grande qu’avant. Depuis 1992 et la création de la Ligue des Champions, pas un seul club n’a réussi à gagner deux Ligues des champions consécutives !
Mais n’est-on pas dans une Ligue semi-fermée ?
Une ligue fermée, c’est la NBA. Une ligue fermée, c’est le Tournoi des six nations au rugby. Il y a des ligues fermées dans de nombreux sports. Mais pas dans le football européen. Les clubs qui participent à la Ligue des Champions ont gagné le droit d’y participer grâce à leurs performances sur le terrain. Ce n’est pas un tournoi sur invitations. La vérité du terrain existe toujours aujourd’hui et cela ne changera pas, car en tant qu’ancien joueur, je suis profondément attaché à cette vérité. Alors, oui, c’est vrai, je suis parfois un peu nostalgique des parfums des soirées de Coupe d’Europe des Clubs Champions. Mais la ligue des Champions a été créée bien avant que je n’occupe des fonctions de dirigeant, et la réalité est que l’on ne peut plus revenir en arrière. Tout ce que je peux faire, et ce que je fais, c’est apporter des aménagements pour que le critère sportif résiste au critère économique. C’est mener à bien des réformes pour que chacun puisse avoir sa chance. Ma réforme de la liste d’accès à la Ligue des Champions va dans ce sens.
Y a-t-il une réflexion autour de l’Europa Ligue ?
Cela fait depuis que je suis dans le football qu’il y a une réflexion sur l’Europa Ligue ! La Coupe des Villes de Foire, devenue la Coupe de l’UEFA, puis l’Europa Ligue… On a fait des groupes des cinq, des groupes de quatre, maintenant on joue le jeudi. Cette compétition connaît régulièrement des réformes car elle vit dans l’ombre de sa grande sœur et c’est difficile pour elle de trouver sa place. Moi, je l’adore, cette Europa Ligue. C’est la Coupe du cœur de l’Europe. Tout le monde peut la jouer pour la gagner, car les différences de budgets entre les participants ne sont pas énormes. Elle est belle, cette Coupe ! Ceux qui ne veulent pas la jouer ne sont peut-être pas suffisamment bons pour bien la jouer…
On arrive quand même à des aberrations où des clubs se battent pour être européens, puis négligent la compétition européenne.
Il faut peut-être considérer que ces clubs qui disent négliger l’Europa Ligue ne sont pas assez bons pour franchir le tour. Aujourd’hui, quand vous tombez sur un club chypriote avec dix joueurs portugais de bonne valeur, vous n’êtes pas sûrs de passer. Il y a nivellement des valeurs, mais un nivellement par le haut. Le football européen n’a jamais été aussi fort, et cette compétition permet de nous en rendre compte.
L’idée de réunir Ligue des champions et Europa Ligue en une seule compétition est-elle toujours à l’étude ?
Non. Mais c’est toujours le rôle du président de réfléchir aux possibles réformes et d’essayer de faire évoluer les compétitions, de façon très démocratique, avec toutes les parties prenantes. D’ailleurs, j’ai signé un Memorandum of Undestanding (protocole d’accord) avec les clubs : si on fait quelque chose au niveau des formats des compétitions, on le fait ensemble. Si on ne s’entend pas, c’est le statu quo. Il y a des discussions avec toutes les familles du football. C’est ma façon de procéder. Je n’impose pas, je convaincs. Et là, j’ai réussi à convaincre tous nos partenaires du bien-fondé de qualifier automatiquement le vainqueur de l’Europa Ligue à la Ligue des Champions à partir du cycle 2015-2018. Cela va renforcer l’intérêt de cette Europa Ligue.
En ce qui concerne maintenant le football de sélections, vous avez eu une idée révolutionnaire pour l’Euro 2020 : un Euro européen, un tournoi dans 13 villes de 13 pays !
J’y avais pensé depuis un certain temps, mais il y avait une réticence de l’administration de l’UEFA quand j’avais évoqué une première fois mon projet en interne, il y a quelques années. Ils n’étaient pas prêts, cela en a déstabilisé certains. Mais avec le temps, l’idée a mûri et a fini par faire l’unanimité. J’ai donc franchi le pas et entamé les discussions avec toutes les fédérations membres afin de prendre le pouls des principaux intéressés. Ce projet a soulevé un enthousiasme extraordinaire.
Est-ce un moyen d’éviter un Euro en Turquie ?
Non, au contraire, l’idée au départ était plutôt de favoriser un Euro en Turquie, pays qui avait perdu 7 voix à 6 contre la France pour l’organisation de 2016 (le 28/05/2010) et qui restait sur plusieurs échecs malgré des dossiers d’excellente qualité. Mais la Turquie a voulu jouer sur tous les tableaux et s’est portée candidate, pour les Jeux Olympiques 2020 et pour l’Euro, la même année, ce qui n’était pas concevable pour nous. Du coup, on s’est lancé dans ce projet d’Euro pour l’Europe, conforté dans notre idée par le fait que l’on ne peut plus demander à des pays d’investir des sommes très conséquentes dans ce type de manifestations. C’est un Euro « responsable » dans une Europe qui traverse une période difficile économiquement. C’est une idée pensée, réfléchie, validée, programmée avec toutes les associations nationales. Ça a fait l’unanimité, moins la Turquie, qui pensait toujours avoir l’Euro, tout en se battant pour avoir les JO (obtenus finalement par Tokyo).
Est-ce un ballon d’essai, cet Euro européen ?
Non, on a dit que c’était « one shot », une fois. Pour le soixantième anniversaire de la première édition (1960).
Istanbul est favorite pour accueillir les demi-finales et la finale ?
J’ai l’habitude de dire ce que je pense et donc de dire ouvertement pour qui je vote dans ce genre d’élection, ce qui est assez rare dans le milieu… Je peux donc vous dire qu’Istanbul est ma favorite à moi, mais je n’ai qu’une voix. Je voudrais que demi-finales et finale aient lieu là-bas. Une sorte de « final four », pour centraliser les gens. Istanbul mériterait cet événement.
La logistique ne sera-t-elle pas trop complexe avec treize pays organisateurs ?
Au contraire, c’est plus facile d’aller de Madrid à Lisbonne, de Londres à Paris ou de Bruxelles à Amsterdam que de traverser certains pays dans lesquels on a organisé des Championnats d’Europe dans le passé. En 2012, il n’était pas facile de se déplacer de Gdansk (POL) à Donetsk (UKR). Là, avec cette formule, c’est l’Euro qui va aux fans, et non plus les supporters qui doivent se déplacer pour aller voir l’Euro. Des supporters de treize pays vont avoir la possibilité d’aller voir des matches de l’Euro dans leur stade national. C’est unique. Et ça permet d’emmener l’Euro dans des pays qui n’auraient jamais pu organiser seuls un tel événement. Rendre accessible le football au plus grand nombre, à travers tout le continent, c’est le devoir d’une institution comme l’UEFA.
Un grand dirigeant international du football a dit tout le mal qu’il pensait de cette idée…
Beaucoup de dirigeants disent du mal des idées quand ce ne sont pas les leurs.
Et comment les dirigeants politiques européens accueillent-ils cette nouveauté ?
De manière exceptionnelle ! C’est un projet positif et innovant dans une Europe en crise. Il y a une symbolique forte derrière cet Euro 2020. C’est un message porteur d’espoir, qui véhicule des valeurs. Pour les 60 ans de l’Euro, on peut faire quelque chose de différent, de sympa, de beau, de festif.
Avant 2020, il y a 2016. L’Euro en France, avec le tirage au sort des éliminatoires, le dimanche 23/02/2014 à Nice. C’est un événement important, comme l’avait été le tirage des éliminatoires de la Coupe du monde 1998, que vous aviez eu l’idée d’organiser au Stade-Vélodrome de Marseille, en 1995…
Il avait fait froid. On n’avait pas eu de chance, il n’avait pas fait aussi froid à Marseille depuis 250 ans ! Mais je trouve que c’était une bonne idée, il y avait eu un bon match de foot, c’était bien.
Tout se présente bien pour ce premier Euro à 24 ?
On a deux personnes en charge de ce dossier : Jacques Lambert et Martin Kallen (respectivement président et directeur général d’Euro 2016 SAS, la société qui a pour mission d’organiser la compétition) qui ont de l’expérience et qui sont de grands professionnels. En plus, l’Euro est organisé dans un pays où ce n’est pas trop difficile. Les infrastructures existent déjà, il y a les aéroports, les routes, les hôtels. Il n’y a pas besoin d’investissements massifs. C’est important dans le contexte actuel. On va laisser passer les élections municipales en France et la Coupe du monde au Brésil et après, on aura deux ans pour finaliser ce qu’il restera à finaliser. Durant ces deux années, l’engouement va monter progressivement et les Français vont prendre conscience qu’ils vont accueillir un des plus beaux événements au monde. Il n’y a pas de soucis.
Vous n’êtes pas inquiet pour la sécurité ? Il y avait eu des débordements au Trocadéro, par exemple, en mai 2013, quand le PSG avait fêté son titre…
C’est toujours la problématique n° 1, la sécurité. Les autorités savent ce qu’elles doivent faire. On a des contrats avec l’État qui déterminent ce qui relève de notre responsabilité et ce qui relève des pouvoirs Publics. L’État sera prêt. Après, on n’est malheureusement jamais à l’abri de quelque chose… Prévoir, ce n’est pas facile… Mais ce type de compétition d’équipes nationales ne draine généralement pas le même public que les compétitions de clubs. C’est un public plus familial, et l’ambiance est plus festive. Tout sera fait en tout cas pour qu’aucun incident ne vienne gâcher ce rendez-vous du football.
Puisque l’on parle des compétitions des associations nationales, je voudrais dire que je n’ai jamais considéré qu’entre les compétitions de clubs et celles d’associations nationales, il y en avait qui étaient supérieures aux autres. Quand je jouais, je donnais 100 % au club et 100 % à l’équipe de France. Donc, on a changé un peu le calendrier des équipes nationales, on a mis en place « la semaine de football », une semaine des équipes nationales pour revaloriser le football des associations nationales, pour ne pas tomber entre deux matches de clubs, avec tel joueur qui doit sortir au bout d’un quart d’heure parce qu’il a un match de championnat important, le samedi. Ça, ce n’est bien pour personne.
Cette semaine de football, qui débutera en septembre 2014 avec le début des éliminatoires de l’Euro 2016, permet aussi d’étaler les rencontres des grandes sélections et leur offre donc une meilleure visibilité…
Du jeudi au mardi, vous pourrez effectivement suivre les différents matches et des émissions consacrées à ces rencontres. Comme avec les compétitions de clubs. C’est pour ça qu’on le fait, pour donner plus d’intérêt. Le calendrier ne permettait pas de développer cet intérêt. En Europe, on n’a pas toujours bien considéré le football des équipes nationales. Moi, je considère qu’il est aussi important que le football des clubs. Les gens pourront voir aussi facilement un Espagne-Arménie qu’un Chelsea-Plzen. Je suis content qu’on ait mis en place ce calendrier qui revalorise le football de sélections.
N’est-ce pas le succès de la Ligue des champions et des grands championnats qui a déséquilibré la balance entre football de clubs et football de sélections ?
C’est toujours une question de calendrier. Je pense que cette semaine de football va développer l’intérêt pour les compétitions entre équipes nationales. Cela va rééquilibrer les choses.
Et cela aura un effet positif sur les droits TV…
Il y aura sans doute un intérêt économique, mais on ne bâtit pas une compétition avec en tête l’intérêt économique. On l’organise pour le spectateur et le téléspectateur qui aiment le football, et les intérêts économiques sont une conséquence. Au final, les télévisions sont intéressées et on ne va pas s’en plaindre.
Êtes-vous satisfait des relations que l’UEFA entretient avec l’EPFL (Association des Ligues Européennes de Football), l’ECA (Association des Clubs Européens), etc. ?
Nous avons de très bonnes relations avec l’ECA et la FIFPro (Fédération Internationale des Footballeurs Professionnels). Avec l’EPFL, on va voir, puisqu’elle a un nouveau président (Frédéric Thiriez). On a de très bonnes relations avec Bruxelles aussi. C’est notre modestie qui nous a permis de discuter avec des gens, on a essayé de trouver de bonnes choses dans l’intérêt du football. Dans le respect des lois et des règlements. Avant, le football voulait faire ce qu’il voulait. Ça n’a pas plu et ils ont changé radicalement la donne avec l’arrêt Bosman : une bonne décision au départ -à la fin de votre contrat, vous êtes libre- est devenu la libre circulation des travailleurs. Et ça, ça a fait beaucoup de mal. Car le football a toujours basé sa popularité sur l’identité des clubs, où les gens s’identifiaient aux joueurs de leur pays, de leur région, de leur ville. Aujourd’hui, c’est un produit, vous achetez, vous vendez, vous partez…
La Ligue 1 a connu fin 2013 son premier match avec une équipe qui alignait 11 étrangers au coup d’envoi : Paris Saint-Germain contre Lyon (4-0, le 01/12/2013). En Angleterre, c’était Chelsea, quatorze ans plus tôt (contre Southampton, 2-1, le 26/12/1999)…
Mais les Anglais veulent revenir là-dessus. Et moi aussi. Je pense qu’il y a des choses à faire, plus importantes encore. Il y a de grandes choses à entreprendre au niveau de Bruxelles. Davantage de home grown players (joueurs formés localement), parce que Bruxelles ne reviendra jamais sur la nationalité. On doit pouvoir trouver un moyen de donner plus d’identité, dans le respect des règles, pour les équipes. La notion de home grown players, ça existe en Angleterre. Après, ils l’ont adapté dans la foulée. On fait du bon travail avec les Anglais, ils ont une morale, une philosophie qui est bonne. Le président de la FA (Football Association, la Fédération anglaise de football) est favorable pour revoir tous les critères européens de joueurs formés localement, on le soutient entièrement. Si on trouve une bonne idée à aller défendre à Bruxelles… Moi, j’y crois. La grande question que je me pose souvent, c’est : est-ce qu’il faut que je me batte pour donner une espèce de philosophie ou est-ce que chacun fait ce qu’il veut, c’est l’anarchie, etc. ? Moi, j’ai ce problème-là.
Votre mission n’est-elle pas de réguler ?
C’est ce que je fais. Mais comme tout le monde veut de l’argent et veut gagner, ils ne voient pas tous d’un bon œil le rôle d’une institution comme l’UEFA, qui met des règles et encadre. L’UEFA est là pour protéger l’intérêt général du football, et l’intérêt général, ce n’est pas l’addition des intérêts de chacun… Ceux qui veulent que je régule, c’est toujours ceux qui ne gagnent pas… La France voulait le fair-play financier jusqu’à l’arrivée de nouveaux investisseurs dans leur championnat. Les Italiens veulent maintenant qu’on régule.Mais à chaque conférence de presse, je dis : on vient de parler des quatre ou cinq problèmes du football, mais il y a des milliards de belles choses dans le football, des milliards de belles choses qui font que le jeu est beau, que le jeu appartient aux footballeurs. Moi, ce qui me fait rêver, c’est quand je vois un footballeur faire une bonne passe au bon moment, réussir un beau tacle, marquer un beau but. Ça, c’est le football. Le football n’est qu’un jeu et il doit ne rester qu’un jeu. Le football est passé dans une dimension spectacle, mais mon rôle est de m’assurer que le lien social continue d’exister.
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© Photo : NELSON ALMEIDA / AFP

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